15.10.2007

En phase avec Steve Reich


Steve Reich: Sextet, Piano Phase, Eight Lines / The London Steve Reich Ensemble, Kevin Griffiths, direction (CD CPO/Musicora)

reich

Enregistré à la Tonhalle de Zurich sous les auspices de la fondation suisse Orpheum, ce CD révèle le formidable London Steve Reich Ensemble formé d'étudiants entièrement dévoués à la cause de Steve Reich. Fascinante, hypnotique, d'une difficulté d'exécution très particulière, la musique du compositeur new-yorkais né en 1936 est basée sur des "phases" rythmiques qui évoluent sans cesse, alors que l'harmonie reste simple, statique et agréable à l'oreille. L'influence du gamelan balinais ou des polyphonies africaines se mêle à des sonorités solaires, qui semblent sorties tout droit de la fusion années 70. Dépaysement garanti, surtout sous les doigts vivaces et implacables des musiciens londoniens.

Alors que pendant des années, Steve Reich a lui-même diffusé ses oeuvres à la tête de son groupe de barbus baba cool, la jeune génération a pris la relève avec un enthousiasme réjouissant. Cet autre ensemble, américain cette fois (d'Allendale, Michigan, autant dire la province profonde), n'a pas économisé ses énergies pour enregistrer le chef-d'oeuvre de Reich, Music for 18 Musicians:



Steve Reich, la passerelle idéale vers la musique contemporaine? (ls)

24.09.2007

Valentin Silvestrov sur les chemins du rêve


- Valentin Silvestrov: Nostalghia / Jenny Lin, piano (CD Haenssler/MusiKontakt)

- Valentin Silvestrov: Bagatellen und Serenaden / Valentin Silvestrov, piano, Alexei Lubimov, piano, Münchener Kammerorchester, Christoph Poppen, direction (CD ECM/Phonag)


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Le 30 septembre prochain, Valentin Silvestrov fêtera ses 70 ans. Il y a urgence pour les pays francophones, où il n'est quasiment jamais joué, de découvrir ce compositeur ukrainien qui décrit ses oeuvres comme une "collection de résonances". Résonances du passé, échos nostalgiques d'un temps qui n'est plus, gestes figés empruntés à la tradition classico-romantique... La musique de Silvestrov ressemble à un labyrinthe inextricable, un rêve hébété, une errance dans le territoire des esprits. Nostalghia, c'est d'ailleurs le titre du magnifique album que la pianiste Jenny Lin consacre à cette musique ineffable comme nulle autre de la scène contemporaine. Les 18 miniatures du disque (toutes écrites entre 1996 et 2005, auxquelles s'ajoute l'hyper-lyrique Sonate No. 1 en deux mouvements de 1972) composent un album de photos aux contours brumeux, vignettes où affleurent des réminiscences de Schubert, Wagner, Mozart ou de Silvestrov lui-même. En une sorte de dédoublement douloureux, de doppelgänger sonore, le compositeur met sa musique en dialogue avec une autre musique, celle d'un monde disparu à tout jamais. Diaphane, d'une sérénité irréelle, le jeu de la pianiste new-yorkaise exalte l'envoûtement qui émane de ces pièces à la lisière du silence.

La comparaison avec les Bagatellen und Serenaden que vient de publier ECM rend l'esthétique de Silvestrov encore plus fascinante. Certains titres du disque de Jenny Lin (Der Bote, Zwei Dialoge mit Nachwort) se retrouvent ici, amplifiés pour piano et orchestre à cordes. Métamorphoses délicates, prolongements poétiques, jeux de miroirs qui se répondent à l'infini... Interprétées par Silvestrov au piano seul, les Bagatelles entraînent l'auditeur au coeur même de son univers onirique et insaisissable. L'émotion, elle, est bien palpable. Deux disques indispensables et complémentaires pour découvrir la part lunaire de la musique d'aujourd'hui. (ls)

20.09.2007

L'apocalypse selon Hauer


Josef Matthias Hauer: Apokalyptische Phantasie, Romantische Phantasie, VII. Suite, Violinkonzert, Zwölftonspiel (9.08.1957), Zwölftonspiel (22.09.1957). Thomas Christian (violon), Radio-Symphonieorchester Wien, Gottfried Rabl (SACD CPO/Musicora)

hauer

Josef Matthias Hauer? Le nom ne dira pas grand-chose à la foule, ni même sans doute aux mélomanes convulsivement curieux de tout. Ce musicien viennois (1883-1959) à la vie de reclus et au catalogue interminable (plusieurs centaines d'oeuvres) est l'autre "père" du dodécaphonisme cher à Arnold Schönberg, mais avec un système de composition très différent, entièrement de son cru. C'est aussi, bizarrement, l'un des précurseurs du minimalisme à la Philip Glass & Co. Une ascendance déjà évidente avec les jeux de couleurs de sa VIIe Suite pour orchestre de 1926 et du Concerto pour violon de 1928. Encore plus dans l'opéra Salambo d'après Flaubert, chef-d'oeuvre halluciné paru chez un autre label, qui mériterait une résurrection. Et encore davantage dans les étranges Zwölftonspiele, dont le second enregistré ici date d'il y a exactement cinquante ans. On a l'impression que la musique tourne sur elle-même à l'infini, comme une spirale qui se dévide lentement dans l'espace. Vertu ou vice d'une formule obsessionnelle dans laquelle Hauer s'était enfermé durant les deux dernières décennies de sa vie? (A partir de 1940, il n'a plus composé que des Zwölftonspiele.) Ces deux "Jeux de 12 sons" durent six minutes chacun, mais ils pourraient tout aussi bien s'étaler sur six heures ou six jours. Musique à la Escher, paradoxale, vrillée, comme si elle se présentait en même temps à l'endroit et à l'envers, sans visage et presque sans émotion. Musique de folie, sans doute.

Les pièces plus anciennes (Apokalyptische Phantasie, Romantische Phantasie) traduisent, elles, une angoisse post-romantique, une ambiance inquiétante assez proche, toutes proportions gardées, de certaines musiques de films. On croirait se retrouver par moment dans la bande-son d'Alien de Jerry Goldsmith. Merci aux interprètes viennois de ce SACD enregistré en surround sound de tracer les contours de cette terra incognita musicale appelée Josef Matthias Hauer. (ls)

PS: disque fascinant sorti au début de l'été, mais qui n'a atterri sur ma platine que tout récemment...

02.08.2007

Camille, c'est complet!


Le concert de Camille dimanche à Bonmont affiche complet. Tant pis pour les retardataires! (ls)

01.08.2007

Camille, sacrée voix!


camille Camille dans le classique? Qui l'eut cru. L'ex hurleuse névrotique de Nouvelle Vague, l'égérie de la "nouvelle" nouvelle chanson francophone à tendance pop et parfois, oh surprise, expérimentale, cette Camille-là, auteure du superbe Fil, s'en prend cette fois-ci à Benjamin Britten.

Pensez-vous! Une nymphette remuant ses belles cordes vocales dans le giron d'un compositeur british contemporain? Damned. Ca va chauffer. C'est à voir et entendre à l'abbaye de Bonmont, ce dimanche 5 août à 18h. Camille y interprétera Ceremony of Carols, du Sieur Britten, ainsi qu'un pot-pourri de chants sacrés du monde.

Et comme on l'aime bien, Camille, hop, deux-trois commentaires de la belle, rencontrée au bout du fil (hélas):

"Tout est parti d'un quiproquo. J'écoutais Grace, de Jeff Buckley. Sur l'album, une chanson m'intriguait, qui s'intitule Corpus Christi Carol. C'est ainsi que j'ai découvert l'oeuvre de Britten. Par erreur. Puisque le titre de Buckley ne s'y trouvait pas."

"Je suis athée. Ma manière de voir la religion, c'est la musique."

"Mon travail du son me fait du bien. Le chant provoque des vibrations qui vous changent corporellement. Musique pop ou spirituelle, ce qui m'importe, c'est de la faire avec sensualité." (fg)

14.06.2007

Le retour des belles Labèque


Katia et Marielle Labèque: Stravinsky/Debussy (CD & DVD KML Recordings)

Labeque

Elles ne changent pas. Comme si le temps n'avait pas prise sur elles. Depuis plus de trente ans, les soeurs Labèque ont toujours le même regard lumineux, la même grâce dans le sourire. Marielle la sage, Katia la sauvage, deux pianistes à la beauté sans âge. Si talentueuses, si glamour, si yin et yang. Normal, pour les déesses d'un instrument en noir et blanc. Elles s'étaient pourtant éclipsées depuis quelques temps (relativement: Berlin, New York ou Paris les applaudissent toujours), trop occupées à bâtir un empire. Jadis stars du classique et pionnières du cross-over intelligent. Aujourd'hui... stars tout court de la philanthropie intelligente. En 2005, les soeurs ont créé KML Fondazione, une fondation qui veut promouvoir la musique classique et bâtir des ponts entre les différents arts. Dans le comité de soutien, on relève les noms de Madonna, Daniel Day Lewis, Placido Domingo, Ralph Fiennes ou Alessandro Baricco. Panel éclectique, à l'image des intérêts du duo. (Katia, notamment, en égérie de John McLaughlin et de Miles Davis, pratique toujours l'improvisation avec B for Bang ou son propre Band.)

 

Dans la foulée, les Labèque ont également lancé un label discographique, KML Recordings. Sur ce nouvel album, qui juxtapose Stravinsky (Concerto pour deux pianos, Easy Pieces, Ragtime, Tango) et Debussy (En Blanc et Noir), leur jeu reste aussi brillant, pétaradant et homogène qu'à leurs fulgurants débuts. Coordination millimétrée, couleurs chatoyantes, virtuosité étincelante. Katia et Marielle respirent d'un seul souffle. C'est impressionnant. Outre le CD, l'album contient un DVD, avec le même répertoire mis en images par le jeune cinéaste Tal Rosner. Un habillage très graphique, qui puise son inspiration dans l'avant-garde cinématographique des années 20: bâtiments distordus, lignes démultipliées, montage rythmé par la musique... On est à mille lieues de la tendance clip actuelle. Tant mieux, même si Rosner nous prive (presque entièrement) des beaux yeux de KML. (ls)