05.03.2008

NIN, les fantômes rêvent aussi

Nine Inch Nails: Ghosts I-IV (The Null Corporation)

NIN

Après avoir produit et offert en téléchargement le dernier Saul Williams, Trent Reznor remet le couvert avec un double album de Nine Inch Nails en quatre parties et 36 instrumentaux: Ghosts I-IV. On écrit double album par vieux réflexe de discophile. En fait, la chose est disponible depuis lundi en une pléthore de versions: téléchargement simple (et gratuit) de Ghosts I (soit les neuf premiers morceaux); téléchargement payant (5$) de l'album intégral en MP3 de bonne qualité; digipack avec deux CD et téléchargement intégral à 10$ (plus frais de port); édition spéciale à 75$ avec deux CD, un DVD et un Blu-ray Disc; édition limitée à 2500 exemplaires dont on vous épargnera la description vu qu'elle est déjà épuisée (300 billets verts tout de même)... En cherchant à donner le plus de choix possible pour ses fans, Trent Reznor semble tirer ici les leçons à la fois de sa propre expérience avec Saul Williams et de celle de Radiohead avec In Rainbows. On notera que le compositeur-producteur est allé lui-même mettre Ghosts I à disposition des "pirates" sur divers sites Bit Torrent (The Pirate Bay, notamment, l'un des sites les plus haïs par l'industrie du disque).

Quant à la musique, il faut y entendre "a soundtrack for daydreams", "une bande-son pour rêves éveillés", dixit Reznor. A quoi ressemblent ces rêves de fantômes électroniques? Simples cellules mélodiques au piano, coups de massue répétitifs et envolées lyrico-électriques créent des paysages empreints de mélancolie, un climat de communion cosmique avec les éléments. Une musique extraordinairement atmosphérique, d'une grandeur expressive peu commune, qui marque assurément le début d'une ère nouvelle pour ce formidable broyeur de sons qu'est Trent Reznor. (ls)


A écouter: 01 Ghosts I

12.11.2007

Il court, il court, LCD Soundsystem


LCD Soundsystem: 45:33 (CD EMI)


lcd

"45:33". Quarante-cinq minutes et trente-trois secondes. Le temps d'un bon petit footing millimétré, baskets aux pieds et casque sur les oreilles. Le temps aussi d'un joli coup marketing pour la célèbre marque de galoches élastiques frappée d'une virgule, qui s'est fendue d'une commande express à une star de l'electro-clash-groove. Composé (on hésite à mettre des guillemets...) par James Murphy, alias LCD Soundsystem, ces 45 minutes 33 secondes débitées en six parties (énergique, martelé, sautillant, calme...) devaient à l'origine accompagner les joggeurs dans leur exercice favori. En bon petit produit du 21e siècle, la bestiole a fait son beurre sur le Net, pour finir dans les bacs des disquaires avec en prime trois nouveaux titres. De LCD Soundsystem, on apprécie le surmenage créatif. Beaucoup même. Marketé de la sorte, en revanche, on peut se retenir. Pas que ce soit moche. Mais tout de même, quel ennui. Et puis... A n'en pas douter, la chose plaira plus aux amateurs de dancefloors qu'aux sportifs. Tant qu'à suer pour LCD Soundsystem, autant avoir le bar à proximité. C'est plus drôle et les asthmatiques aussi peuvent participer. (fg)

26.06.2007

Kieran Hebden et Steve Reid, langues de feu


Kieran Hebden/Steve Reid: Tongues (CD ou LP Domino Records)

 

kieran

 

Un halo de harpe. Greensleeves sous hallucinogène. Des fragments de samples éclectiques qui semblent sortis tout droit de la Tour de Babel. Drôle de duo. Un jeune loup de la scène electro et un vieux sage du jazz qui parlent en choeur. Kieran Hebden et Steve Reid n'en sont pas à leur coup d'essai. Après deux volumes d'Exchange Sessions, où ils posaient les fondements d'un idiome commun, les duettistes les plus étranges de la musique actuelle semblent avoir pris langue définitivement. Tongues, c'est dix titres improvisés là, comme ça, sur le moment, sans dubs ni mixage. Admirez l'exploit.

A 63 ans, compagnon de route de Miles Davis, Sun Ra ou Fela Kuti, ancien «session drummer» de Motown, Steve Reid travaille toujours sa batterie trois heures par jour, sans pour autant répéter le répertoire. Au contraire, il s'y jette à corps perdu, guidé par son immense expérience. On ne sonne jamais faux quand on a tant de musique au bout des baguettes. Etonnant comme le groove le plus basique peut devenir magique sur ces fûts-là. Kieran Hebden, lui, affiche à peu près la moitié de l'âge de Steve Reid. Il manoeuvre sa boîte à samples en virtuose, comme s'il s'agissait d'un instrument. Et en sort des mélodies un peu mécaniques, à la grammaire tarabiscotée mais à la grâce plastique étonnante, pleines de décalages subtils et d'effets de timbres envoûtants. De cette improbable association naît une musique poétique qui est sans doute, par son refus des platitudes et des images toutes faites, l'une des plus attachantes du moment. (ls)