04.09.2007
Meshell Ndegeocello, soul wave
Meshell Ndegeocello: The World Has Made Me the Man of My Dreams (CD Universal)

Huitième album très attendu pour une des musicienne les plus libres et les plus créatrices qui soient de l'autre côté de l'Atlantique. Du haut de ses 39 ans, Meshell Ndegeocello décoche de sa basse des titres débridés, ni vraiment funk, ni moins soul ou pop. Un peu - et beaucoup - de tout cela, livré sans ambages. Réminiscences afro-folk emmenées par Oumou Sangaré, invitée gracieuse sur le titre Shirk, cadences excitées ska-punk hardcore terminées sur un écho façon Björk (Article 3, avec la chanteuse Thandiswa Mazwai et le guitariste Pat Metheny). Ou encore - le plus emballant à notre goût - funk-rock au carré, toute disto dehors, basse ronflante et six cordes tendues invoquant Jimi, tel ce Michelle Johnson (nom de baptême de Miss Ndegeocello) ou dub à contre-courant (superbe Lovely Lovely). Que penser de ces ambiances vaporeuses, flirtant entre les cloches féériques d'une Kate Bush et le free jazz. Pièce maîtresse de cet album intitulé World Has Made Me the Man of My Dreams, l'électrisant The Sloganeer: Paradise vampirise sans autre façon la pop dansante des années 1980. Carrément new wave! En prime, Meshell la reine du groove est une maîtresse des vocalises susurrées. Une déesse soul? Et encore! On ne parle pas de sa plume, non moins acérée. (fg)
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12.07.2007
Marc Ribot à corde perdue
Marc Ribot - La Corde Perdue/The Lost String. Un documentaire d'Anaïs Prosaïc (DVD La Huit/Musikvertrieb)
John Zorn: Asmodeus - Book of Angels, volume 7. Par Marc Ribot, Trevor Dunn, G. Calvin Weston (CD Tzadik)



"J'essaie d'imaginer une histoire du rock qui intégrerait dans ses grandes lignes Thelonious Monk, le Prime Time d'Ornette Coleman et Albert Ayler." Marc Ribot, le plus noir, le plus rock et le plus universel des jazzmen juifs de la Grande Pomme. Partout à la fois et jamais là où on l'attend. Toujours à mettre du cri dans le murmure, du bruit dans la mélodie, des couleurs dans le silence, et vice-versa. Bref, toujours en avance d'un projet, à la manière de John Zorn, son ami et complice dans bien des aventures musicales. D'où le désir constant des fans d'en savoir plus sur cette figure énigmatique, "légende discrète de la scène new-yorkaise" qui porte encore beau, la cinquantaine passée. En 52 minutes, le documentaire Marc Ribot, la corde perdue dévoile quelques coins du mystère, malgré la forme elliptique adoptée par la réalisatrice Anaïs Prosaïc.
De ses débuts dans les clubs black de Newark, New Jersey, au succès mondial de ses relectures de la musique cubaine avec Los Cubanos Postizos, en passant par ses groupes Rootless Cosmopolitans, Shrek, Spiritual Unity ou des expériences en solo hallucinantes de créativité, celui qui fut aussi le guitariste de Tom Waits et membre des Lounge Lizards a imprimé sa marque à tous les courants de la musique récente. En réinventant son instrument.
Comme toujours avec les docus de ce genre, on a droit à quelques propos du guitar(anti)hero (qu'on voit à la plage de Coney Island avec ses filles), à des extraits de concerts (quatre solos en bonus, dont un sublime St James Infirmary), à des images de rues (East Village), à des documents d'archive, à quelques témoignages (Anthony Coleman, Arto Lindsay). Des fragments qui, mis bout à bout, finissent par tirer un portrait somme toute à l'image de Marc Ribot: celle d'un créateur insaisissable et secret, militant infatigable et pugnace des causes perdues, les seules qui valent la peine d'être défendues.
Le hasard faisant bien les choses, on retrouve le guitariste au sommet de sa force dans Asmodeus. Pour ceux qui auraient raté le début, l'agitateur en chef de l'avant-garde new-yorkaise John Zorn compose depuis une quinzaine d'années sous le titre général de Masada Song Book des thèmes instrumentaux au croisement d'une tradition juive imaginaire et de la musique expérimentale, dans des habillages sans cesse renouvelés. On doit bien atteindre les 500 compositions? En tout cas, ce volume 7 du Masada Book Two: Book of Angels regorge de mélodies belles à damner tous les anges. En compagnie du bassiste Trevor Dunn (Fantomas) et du batteur G. Calvin Weston (Ornette Coleman), Marc Ribot les joue avec une fougue hendrixienne, une hargne colossale, une puissance démiurgique absolument démesurée. Un grand, un immense disque de rock. Qui est en même temps, bien sûr, aussi autre chose. (ls)
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